L'appartement ou le camping chez soi
Français
Publié le: 08 mars 2000
Notre vie de tous les jours est remplie de deux choses: le travail...et l’appartement. Nous avons acheté à la fin août un appartement près du centre-ville de Budapest. On a eu un peu de difficulté à trouver quelque chose à notre goût. En fait, on ne savait pas trop ce qu’on voulait. La disposition des pièces était importante pour nous. Mais on devait aussi choisir entre espace, endroit et prix et on n’arrivait pas à faire un choix. Zsuzsa pensait qu’on devrait acheter du neuf, vu qu’on n’est pas trop doué pour les rénovations. Mais moi, je n’étais pas prête à investir tout notre argent pour un 60 m2. Mais acheter du vieux , ça voulait dire rénovations. Ensuite, l’idée de garder un peu d’argent pour meubler l’appartement nous est passée par la tête... Finalement, on a opté pour un vieil appartement dans un édifice rénové. On est tombé en amour avec la disposition des pièces! Assez qu’on n’a pas vraiment remarqué que l’appartement était situé au rez-de-chaussée et que nos fenêtres donnaient sur le trottoir. Mais, en fin de compte, c’est à peu près le seul inconvénient.
Après ça, on est parti en grande! On a décidé d’en faire l’appartement de nos rêves. Pauvre Miklos qui pensait qu’après avoir acheté, tout serait réglé... En rétrospective, on y est allé un peu fort, comme papa dirait (du vrai Marie-Eve comme maman dirait...). Mais on ne regrette pas les résultats. C’est juste qu’on n’avait pas réalisé que tous ces beaux projets voudraient dire qu’on ferait du camping chez nous pendant trois mois (peut-être plus parce que tout n’est pas encore réglé...). On pensait qu’on aurait juste à peinturer... On a dit qu’on serait ici pour cinq ans. On ferait mieux de se dépêcher un peu si on veut en profiter de cet appartement!
On a donc commencé par décider que la chambre à coucher serait bleue (en économie familiale, le prof avait dit que le bleu, ça aidait à dormir). Miklos voulait un salon jaune. On a choisi le vert pour la chambre d’invités (qu’on appelle aussi le bureau). Je me suis vite aperçue que je ne connaissais pas grand chose à la décoration et qu’il n’y avait pas vraiment personne pour m’aider. La décoration en Hongrie, ça comprend des murs blancs et des cadres de porte bruns...pas pour moi! Je voulais faire un peu comme mes parents: peinturer les murs de couleur et ajouter une bande de tapisserie et trouver des rideaux qui matchent. Miklos a approuvé et je me suis mise à chercher... elles ne sont pas évidentes à trouver, les bandes de tapisserie à Budapest! J’ai pris les Pages Jaunes et je suis partie. J’ai fait toutes les boutiques de tapisserie annoncées (une quinzaine) et n’en ai trouvé que quatre avec des bandes de tapisserie. Dans deux des quatres, il fallait commander par catalogue. Ca m’a pris trois jours à faire le tour (disons que ça m’a donné la chance de trouver mon chemin dans Budapest: je connais pas mal mieux la ville maintenant!). A la fin, j’ai amené Miklos pour approuver mes choix et j’ai découvert quelqu’un que je ne connaissais pas. Le Miklos que je connaissais haïssait le magasinage et je pensais l’amener en corvée. Tout d’un coup, il a commencé à s’intéresser à la décoration aussi... Quelle surprise quand il a rejeté mes choix parce que les rideaux (ou le tissu, je devrais dire) ne matchaient pas assez bien avec la tapisserie!!! Je lui ai montré les options que j’avais rejetées parce qu’elles étaient trop chères selon moi. Je ne pouvais pas imaginer payer des rideaux plus chers que mon tissu de robe de mariée! Mais lui a dit qu’il n’achèterait rien sans que ça soit parfait. Il aime mieux attendre. Nous avons donc sacrifié notre „future divan” pour commander des rideaux d’Espagne, pareils comme la bande de tapisserie. Maintenant, on a du très beau tissu à rideau... mais pas encore de divan! C’est la même chose pour tous nos meubles... Avec Miklos, on achète des ensembles parfaits. On a commandé un mobilier de chambre fait sur mesure, avec le style qu’on voulait, les morceaux qu’on voulait, le bois qu’on voulait...c’est tellement parfait qu’on ne l’a pas encore reçu. Miklos dit que c’est pas grave, ça va être parfait. Peut-être mais on a commandé le 15 septembre et notre linge est toujours dans les valises... Si on avait choisi du pin, comme tous les Hongrois, on les aurait nos meubles. Mais non, le pin, c’est trop „jaune” pour Miklos. Il voulait un bois avec „une personnalité”. La machine pour sécher le hêtre qu’on a choisi est brisée. On va attendre un autre mois...
Mon chum est pas mal plus capricieux que je pensais, rendant notre vie difficile quand le marché hongrois n’est pas prêt pour des goûts sophistiqués comme les siens (je me demande bien d’où ils lui sont venus, ces goûts). Je ne peux pas vraiment me plaindre puisqu’en bout de ligne, on aura un appartement pas mal plus beau que je n’avais jamais imaginé. C’est juste que des fois, j’aimerais acheter des demies-mesures... Comme un rideau de douche par example. Mais il n’en est pas question. Quand on en aura les moyens, on va faire refaire la salle de bain (des projets pour dans deux ans, j’en ai bien l’impression). Miklos dit que ça serait stupide d’acheter maintenant un rideau de douche et une pole pour le tenir et de faire matcher la céramique avec dans deux ans... C’est vrai Miklos. Mais peut-etre qu’on pourrait acheter une couleur neutre... en attendant. Mais non, ça serait du gaspillage et nous sommes environnementaux. On va continuer de torcher le plancher, en attendant.
Je dois admettre que j’ai aussi mes torts. En architecture, je ne suis pas trop forte. Quelle honte pour une ingénieure! J’ai pour excuse que je suis spécialisée en égouts, pas en batiments. Mais ce n’est pas une bonne excuse pour mes deux gaffes... On a acheté l’appartement à la fin août mais seulement pris possession le 30 septembre. Entretemps, comme on voulait acheter les rideaux et la tapisserie, je suis allée mesurer l’appartement (on n’avait pas de plan exact). La journée que je suis allée, le fils était malade, la grand-mère dormait dans le salon et il y avait des boîtes partout. J’ai essayé de tout mesurer le plus précisément possible mais c’était difficile. A la fin, je me suis dit que ce n’était pas grave. On avait une bonne idée maintenant. Le problème, c’est qu’on s’est fié à mes plans et qu’on n’a jamais remesuré. C’est avec ces plans qu’on a commandé notre cuisine et notre mobilier de chambre à coucher. Une semaine après avoir commandé la cuisine, Miklos a mesuré le mur qu’on voulait faire couper pour avoir une cuisine ouverte... et s’est aperçu que ce n’était pas pareil comme sur mes plans!!! Il y avait 10 cm de différence!!! Je n’en ai pas dormi de la nuit. Le lendemain matin, je me suis rendue à la boutique et, en mauvais hongrois, j’ai expliqué au vendeur que notre cuisine n’était pas aussi grande qu’on avait dit... J’étais bien embarassée... Il a immédiatement envoyé un de ses employés pour mesurer notre cuisine sous toutes ses coutures et, heureusement pour moi, il n’était pas trop tard pour arranger les choses... Ma vie était sauve! Ouf! Mais, ce soir-là, laissez-moi vous dire que j’ai remesuré l’appartement au complet. Mes mesures étaient bonnes, à une exception prêt: j’avais bien mesuré la longeur des murs mais avais inclus nos cadres de fenêtres dans les dimensions des murs, et non des fenêtres. Je n’avais pas réalisé que ces cadres pouvaient avoir un certain charme... Mais comme on avait commandé nos meubles selon les plans que j’avais dessinés...on allait en cacher un. Et c’était trop tard pour avertir le magasin... jusqu’à ce qu’on apprenne que la machine pour sécher le hêtre était brisée. Maintenant, on a fait modifier les plans...et je suis sauvée! Mais ça y était de peu!
Connaissant nos capacités (en fait, en rétrospective, je dois dire qu’on ne les connaissait pas vraiment...), nous avons décidé de faire faire les réparations. Nous avions trouvé la place en très bon état (ça, c’était quand les gens habitaient encore dedans et qu’il y avait des meubles...) et pensions qu’il s’agissait seulement de peinturer et de sabler les planchers de bois francs. Vous voyez bien qu’on ne savait pas de quoi on parlait... Il y avait une chose qui nous tenait bien à coeur: que les couleurs de nos murs matchent nos rideaux et notre tapisserie. Le mester a dit qu’il n’y avait pas de problème: il avait une palette de 40 couleurs. On a dit qu’on voulait précisément ces couleurs. Il a dit qu’il pouvait essayer de faire des mélanges... mais j’avais bien trop peur qu’il manque de peinture et que la couleur change à mi-mur. C’est qu’en Hongrie, tout le monde achète de la peinture blanche et ajoute du colorant, comme pour les gâteaux. Je n’étais pas très rassurée...c’est le moins que l’on puisse dire! Comme par hasard, une semaine plus tard, un magasin de peinture finnois à ouvert ses portes à coté de chez Zsuzsa. Ils offraient un choix de 1000 couleurs. Mais les prix pour ce service... On ne savait pas quoi faire. On devait choisir entre avoir les bonnes couleurs et le faire faire par des pros. Notre „désir de perfection” l’a emporté et les couleurs ont gagné. Et puis, peinturer ne peut pas être si compliqué que ça! Deux ou trois fins de semaine et le tour est joué, non? En tout cas, c’est ce qu’on pensait.... mais on s’est bien trompé, on est encore dans le bardas trois mois plus tard. On est un peu tanné maintenant mais on ne regrette pas notre choix. Nous nous sommes découvert des abilités et nous sommes fiers de notre appartement maintenant!
Les deux premières fins de semaine, Laci était en voyage en Allemagne. On était donc par nous-mêmes. Laci était convaincu qu’après deux fins de semaine, on réaliserait qu’on était incapables de le faire nous-mêmes et qu’on allait changer d’idée et le faire faire. C’est pour ça qu’il avait si facilement accepté de nous aider je pense... Malheureusement pour lui, nous n’avons pas changé d’idée, grace au voisin d’à coté. Ce gentil retraité était bien trop heureux de démontrer son savoir faire à deux incompétents comme nous! On a commencé par la leçon numéro 1: le platre. Ensuite la leçon numéro 2: le sablage. Et la leçon numéro 3: la peinture. Ici, ça semble facile, mais on prend tranquillement de l’expérience.
Quand Laci est revenu, on savait qu’on voulait continuer. Mais son enfer à lui n’avait pas encore commencé... Il ne connaissait pas très bien sa belle-fille. Je n’avais aucune expérience dans les réparations, autre que d’avoir vu papa faire, mais je savais ce que je ne voulais pas! Il voulait peinturer par dessus la tapisserie qu’il y avait dans notre chambre. Il y avait des trous et il voulait les patcher. Je ne voulais pas. On ne faisait pas du patchage comme les hongrois mais du vrai beau travail que j’ai dit. On a enlevé la tapisserie. C’est vrai que c’était pas mal laid en-dessous mais on a fait du platre (pas mal de platre...!). Il faut comprendre que la maison a 70 ans et qu’elle a été peinturée et tapissée plus d’une fois, sans jamais en enlever les épaisseures...
Ensuite, il y avait les fils du cable et du téléphone qui traversaient toutes les pièces en haut des cadres de porte. Pas mal laid. Laci a dit qu’en les peinturant blancs, on ne les verraient plus. Je n’étais pas convaincue. Un mur immaculé blanc avec des fils en plein milieu. Je voulais les faire disparaitre. Il a parlé de mettre un tube de plastique par-dessus... Pas question! J’ai dit a Miklos que si on ne les mettaient pas dans les murs, j’allais acheté des moulures en platre pour les cacher... Ça coûte un bras et ça a été l’argument gagnant. La fin de semaine suivante, Laci m’aidait a faire un canal dans les murs en briques. C’était plus difficile que je pensais, je dois dire, mais maintenant, on ne les voit plus, les fils!
Je voulais aussi faire une belle démarcation entre les cadres de portes et les murs. C’était pas mal plus dur que je pensais et Miklos etait meilleur que moi, a la fin!
J’ai souvent pris des chances parce que j’exigeais des choses que je ne savais pas comment faire mais jusqu’à maintenant, j’ai été pas mal chanceuse... je touche du bois! Et malgré ses nombreux regards désapprobateurs, je m’entends assez bien avec mon beau-père. La principale reproche que mes beaux-parents me font, c’est de dépenser tant d’argent pour les meubles et la cuisine. Ce qu’ils n’arrivent pas à croire, c’est que c’est Miklos qui veut cette „qualité”.
Au moment où j’écris ces lignes, notre cuisine vient tout juste d’être installée!!! C'est incroyable! C’est difficile à croire. Elle est arrivée à la date promise (chose rare jusqu’à maintenant avec mon expérience en Hongrie), elle est belle. J'espere qu'on va être capable de la garder belle... L'électricien vient aujourd'hui pour brancher le four encastré, le poêle en céramique (je suis un peu sceptique a ce sujet-là; j'ai bien hate de voir comment ca marche...) et les lumières sous les armoires. Ce soir, nous pourrons nettoyer et peut-etre l'utiliser! Il nous reste les égouts sous l'evier a connecter par exemple... L'évier est arrive avec un kit de tuyaux faciles a arranger. On a essayé hier soir mais les tuyaux sont trop longs... On va attendre que Laci vienne avec une scie. Ca leur a pris 15 heures pour la monter notre cuisine. Ils étaient assez frustrés avec nos murs. Disons qu'ils ne sont pas tout-à-fait droits... A cause de ça, tout n'est pas parfait, mais on va s'arranger avec ça. On n'a pas le choix. C'est juste les fils des lumières sous les armoires que j'aimerais bien cacher... Les petites lumières sont halogènes et super modernes alors on n'a pas acheté de cache-lumières pour les cacher mais on n'avait pas pensé aux fils... C’est pas grave. On y pensera la prochaine fois qu’on équipera un appartement. A ce moment-là, on saura de quoi on parle...
Mais c'est sûr que cette cuisine fait tout un changement! On commence a avoir l’air civilisé... Fini la vaisselle sur le plancher (un peu crotté...)!
Toutes ces aventures d’appartement ont eu un effet: mon hongrois s’est amélioré. Quand je parle de rideaux, de laveuse ou de meubles, je parle pas mal bien, laissez-moi vous dire! On reçoit à souper et j’en parle, on rencontre quelqu’un, j’en parle... ça fait un peu drole. Je suis rendue comme un vraie femme de maison. On dirait que j’ai juste ça à dire... mais c’est vrai que c’est a peu près tout ce qu’on fait: arranger notre appartement. Le lundi, mes collègues me demandent toujours ce que j’ai fait pendant la fin de semaine. La réponse est assez simple: samedi, on a magasiné les meubles et dimanche, on a peinturé. Ils se demandent combien de pièces on a... Nous aussi d’ailleurs! On commence à avoir hâte de voir la fin... Mais soyez certains que vous êtes tous et toutes les bienvenus, appartement fini ou pas! On en est pas mal fiers de notre appartement!
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